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Jeudi 21 septembre 2006 4 21 /09 /Sep /2006 16:55

Rassure-toi ami lecteur, Maître Potal, n'est pas subitement devenu le nègre de Gérard de Villiers et tu n'es pas en train de découvrir un nouveau tome des aventures de Malko Linge mais bel et bien la nouvelle péripétie qui vient d'arriver à ton Maître préféré. Tu comprendras à la lecture de ce succinct récit que le "Sas" en question se lit d'une seule traite contrairement à l'acronyme HSBC qui te vaudra toute l'estime Potalienne si tu arrives à la prononcer autrement qu'en l'épelant. Mais qui se cache derrière ces initiales que je te conseille d'oublier sitôt ta lecture achevée? Et bien une banque, tout simplement… encore que le terme "tout simplement" soit, dans le cas présent, très mal approprié.

Il faut dire qu'en ce moment, le Potal a quelques difficultés avec le système bancaire en général et sa banque, le CIC, en particulier. Cherchant en vain à joindre sa conseillère financière depuis déjà un mois (il faut dire que le Maître est très exigeant, il attend d'une banque qu'elle soit à son service quand la mode actuelle demande aux clients d'être au service de leur banque), lassé disais-je, de se voir répondre inlassablement "je lui transmet le message, elle vous rappellera dès qu'elle le pourra" par la personne qui répond à l'appel passé à un 0820 anonyme, Maître Potal a décidé de commencer à ouvrir les yeux sur la concurrence. C'est donc ce qu'il fit ce matin après avoir accompagné sa fille à l'école et son porte-monnaie au boulanger.

La succursale de la HSBC qui croisait son chemin avait tout pour lui plaire. Légèrement à l'écart du centre ville, elle jouxte un cinéma d'art et d'essai et donne sur une charmante petite place. Une promesse de havre de paix au milieu de l'agitation urbaine et en vitrine une affiche promettant en caractères plus gras encore qu'un américain moyen gavé de hamburgers et des inepties de son président, un taux de 3,5% sur un produit financier illisible à l'œil nu (c'est normal ce sont les 3,5% qui sont importants, par le produit sur lequel ils s'appliquent). Le tableau bucolique fut complété par un soleil timide qui dardait ses quelques rayons sur la sonnette de l'agence. Qu'aurais-tu fait, ami lecteur, si tu avais été Potal à la place de Potal? Avoue que tu aurais appuyé sur la sonnette! Et tu aurais alors vécu ce grand moment bancaire que le Maître se propose généreusement de te faire partager. Car une fois le bouton de la sonnette enfoncée, un déclic familier se fit entendre pour signifier au chaland fébrile que la porte était désormais ouverte. Et c'est ainsi que Maître Potal pénétra de son plein gré dans le sas de la succursale HSBC à Orsay (ça y est, tu comprends le titre, ami lecteur?). La porte d'entrée se referma derrière lui et il attendit tranquillement que s'ouvre l'autre port du sas, celle qui allait lui permettre d'atteindre cet eldorado tant convoité.

Et c'est là, ami lecteur, que la HSBC montra qu'elle n'était pas une banque comme les autres. Quand tant d'hôtesses d'accueil auraient libéré le Maître de sa prison provisoire, celle de la HSBC, que le Potal pouvait admirer au travers de la porte vitrée, décrocha un téléphone pour parler au Maître sans risquer d'être atteinte par le moindre de ses postillons.

-         Vous avez rendez-vous ?

-         En fait non, je passais par hasard et…

-         Vous êtes client chez nous?

-         Pas encore mais je n'aspire qu'à le devenir si…

-         On ne reçoit pas sans rendez-vous. Il faut prendre rendez-vous!

-         Oui, enfin dans un premier temps ce sont surtout vos tarifs qui m'intéressent, si vous aviez la gentillesse de me donner une brochure ou…

-         Pas de problème!

Et le futile accessoire de guichet raccrocha aussitôt à la grande joie de Maître Potal qui s'attendait à pouvoir fêter avec elle sa libération prochaine mais que nenni. Au lieu d'appuyer sur le sacro-saint bouton libératoire, l'employée bien dressée, se saisit d'une brochure tarifaire puis s'approcha en direction du sas, s'accroupit et le glissa sous la porte. C'est à cette attitude que Maître Potal compris qu'on était un jeudi, jour de diffusion de l'excellent feuilleton "Prison Break" sur M6. Pas de contact avec les prisonniers, c'est la règle.

Pendant qu'elle s'exécutait, la Maître tenta gentiment de lui faire comprendre le côté humiliant de la situation et lui expliqua qu'il n'avait pas pour habitude de se baisser pour ramasser une si piètre pitance mais la fière ne répondit pas. Elle attendit d'être retournée derrière son guichet pour décrocher à nouveau son téléphone et rétorquer que c'était par mesure de sécurité qu'elle agissait ainsi (c'est sûr qu'en prenant toutes les mesures pour éviter que des clients ne viennent déposer de l'argent chez elle, la HSBC s'évite par la force des choses que des malfaiteurs aient ensuite la possibilité de venir le lui voler).

Dubitatif Maître Potal caressa sa barbe naissante et retira ses lunettes de soleil. Evidemment, peut-être que cet aspect négligé de sa personne ajouté à sa veste kaki lui donnait l'air d'un terroriste cubain. Mais même en voyant les choses sous cet angle, il dut bien s'avouer que l'envie de devenir un jour client de cette banque venait aussi subitement que définitivement de lui passer. Il est certainement trop susceptible, le Potal, mais que voulez-vous, il est comme ça, on ne le changera pas.

Il sortit donc du sas par le côté rue sans avoir eu la chance de le voir du côté agence. Mais sitôt que la porte se fut refermée derrière lui il eut l'idée d'écrire cette chronique et, pourquoi pas, d'en faire profiter ceux qui lui fournirent sa matière première. Il appuya donc à nouveau sur la sonnette mais rien n'y fit. La banque ayant déjà par miracle échappé à la venue d'un nouveau client, elle ne prit aucun risque pour que pareille mésaventure se reproduisit. Contemplant la porte d'entrée, Potal y découvrit cependant le numéro de l'agence qu'il offre d'ailleurs généreusement à ses lecteurs : 01 69 18 18 28.

C'est une voix masculine qui décrocha. Le Maître, se prétendant journaliste, lui demanda juste une adresse émail pour lui envoyer copie de l'article qu'il comptait écrire. Mais là encore, Potal tomba joua de malchance car il venait de tomber sur Hercule Poirot en personne, à moins que ce ne fut Emile Navet ou Gaston Topinambour. Car plutôt que demander au Maître ce qui le motivait pour se mettre à écrire, ou même lui présenter un semblant d'excuse pour la façon dont il avait été reçu, le perspicace le mit aussitôt à jour en lui expliquant que, sa femme étant elle-même journaliste, il saurait très vite confondre l'imposteur qu'il avait au bout du fil. C'est vrai, se dit Maître Potal, il y a tellement peu de journaliste en France qu'ils se connaissent forcément tous. Quel ballot je suis!

Pourtant, n'en déplaise à l'ami Hercule, Emile ou Gaston, même si le Maître a menti sur la forme, il a dit la vérité sur le fond. Car il n'est pas besoin d'être journaliste pour écrire ni même pour être lu et ce n'est pas toi, ami lecteur, qui va dire le contraire.

Toujours est-il que le Potal, s'il ne sait toujours pas s'il va quitter le CIC, est au moins certain de ne jamais aller à la HSBC.

 


 

 Quand à la morale de cette histoire, elle est facile à deviner :

 

 

La meilleure façon pour une banque de ne jamais se faire braquer, c'est de braquer d'abord contre elle tous ses futurs clients.

 

Par Potal - Publié dans : maitrepotal
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