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Vendredi 6 octobre 2006

Ami lecteur, je dois te faire une confidence, ton Maître préféré est un faible, il n'a aucune volonté.

Tu n'es pas sans savoir que, de nos jours, dès que quelque chose a du succès, que ce soit un film, une série, un livre, une émission de télé ou l'expulsion d'un sans papiers, l'appât du gain ou d'un surcroît de notoriété conduit immanquablement ses auteurs à en faire une suite.

Et devant les retours enthousiastes qu'il a eu de sa chronique intitulée "Quand Maître Potal cuisine Vogica", le Potal n'a pas pu résister au plaisir d'y ajouter un second volet. Mettons à sa décharge que l'idée ne vint pas de lui mais de la société susnommée mais reconnaissons cependant que notre Maître s'est (trop) facilement laissé convaincre.

Quand je te dis qu'il est faible, le Potal!

C'est donc vers les 16 heures d'un mardi à la fois pluvieux et studieux que la sonnerie du téléphone vint mettre un terme aux efforts désespérés que faisait Maître Potal pour essayer de se concentrer et de faire abstraction commune des pleurs de sa fille de 1 mois et des appels à l'aide de sa femme qui en a 410 de plus.

Il était dit que la gent féminine s'était liguée contre la tranquillité Potalienne puisque c'est une voix de femme qui se fit entendre quand le Maître appuya sur la touche verte de son combiné téléphonique.

-         Bonjour, Maître Potal, je suis Stéphanie de la société Vogica. Je me permets de vous appeler suite à notre rendez-vous manqué du 15 septembre dernier.

-         Parce que vous appelez ça un rendez-vous manqué?

-         Mais oui voyons! Puisque vous n'étiez pas chez vous?

-         Pardon?

-         Oui! D'ailleurs ce n'est pas très gentil de ne pas nous avoir prévenu. Vous avez eu un empêchement de dernière minute, je suppose?

-         Un empêchement? Non! J'étais bien chez moi au jour et à l'heure prévue.

-         Ah bon? Parce que moi j'ai une note comme quoi le rendez-vous n'a pu avoir lieu. Alors j'en ai déduit que vous n'étiez pas chez vous.

-         Et bien vous déduisez mal!

-         Oh! Alors je suis désolée, le problème doit donc venir de notre commercial.

-         Si vous le dites…

-         Dans ce cas, je me propose de m'occuper de vous personnellement. Seriez-vous d'accord pour que nous fixions un nouveau rendez-vous?

Je commence à te connaître ami lecteur, tu es en train de penser qu'à la place du Maître, tu aurais objecté à ton interlocutrice que le rendez-vous avait bien eu lieu et que tu avais renvoyé penaud dans ses pénates le piteux pataud qui avait eu la malchance d'hériter de ton dossier. Mais c'est parce que tu es fort, ami lecteur, tu sais résister à la tentation. Dois-je encore te rappeler que le Potal est comme la chair, faible, hélas? Et puis surtout, quand il travaille, Maître Potal n'aime pas qu'on vienne lui dire ce qu'il a à faire ou pas. Tu voudrais donc qu'il fasse à une autre ce qu'il ne voudrait pas pour lui? Que nenni, le Potal est bien trop délicat pour cela.

-         Un nouveau rendez-vous? Ma foi, pourquoi pas?

-         Et quand seriez vous disponible?

-         Quand vous voudrez!

-         Vendredi 14 heures?

-         Oui!

-         Et bien c'est entendu, Maître Potal, je serai personnellement chez vous vendredi à 14 heures.

 

C'est donc le vendredi 07 octobre à 14 heures, quand il ouvrit sa porte à une personne d'environ 1 mètre 75 pour 80 kilos et rasée de frais, que Maître Potal comprit que le "Petit Larousse illustré" et la "Grande Stéphanie Vogiquée" n'avaient pas la même définition du mot "personnellement".

 

Disons le tout net, le nouveau représentant que Vogica avait livré au domicile de Maître Potal n'avait rien à voir avec le précèdent. Autant le premier était arrogant, autant le second était timide et s'excusait presque d'être là.

-         Maître Potal? Bonjour, excusez-moi de vous déranger mais…

-         Vous êtes tout excusé, dites-moi, avant de vous laisser entrer, auriez-vous une carte de visite?

-         Hein? Pourquoi faire? Enfin bon, tenez.

C'est donc le vendredi 07 octobre à 14 heures 02, quand il se retrouva avec un catalogue Vogica entre les mains que Maître Potal comprit que le "Petit Robert" et le "Grand Timide" n'avaient pas la même définition du terme "carte de visite".

-         Dites-moi cher ami, connaîtriez-vous un certain Monsieur Da Silva?

Ça y est ami lecteur! Tu te disais que normalement dans une suite on retrouve les mêmes personnages que dans le premier épisode et tu te languissais que ça vienne? Rassure-toi, il arrive! Da Silva, le retour c'est pour dans quelques lignes.

-         Monsieur Da Silva? Oui c'est mon responsable mais…

-         Auriez-vous l'obligeance de l'appeler, s'il vous plait?

Le timide recula d'un bond, une lueur d'effroi se lisait dans ses yeux, Maître Potal se demanda même un instant s'il n'avait pas face à lui un ancien employé de la HSBC. (Ah oui! Ami lecteur, c'est le principe des suites, on fait des références que seuls les fidèles de la série peuvent comprendre. Si tu es un nouvel ami lecteur, procure-toi vite les anciennes chroniques de Maître Potal en les demandant par mail à l'adresse suivante : maitrepotal@free.fr ou en cliquant sur le lien suivant http://maitrepotal.over-blog.com/archive-09-21-2006.html).

-         Si vous avez un problème avec la société Vogica je peux partir. D'ailleurs je suis déjà en train de partir..

-         Non, restez, restez! C'est juste que monsieur Da Silva est une vieille connaissance. Je l'ai encore eu au téléphone pas plus tard qu'il y a trois semaines et je suis certain qu'il sera ravi de m'entendre à nouveau.

Et pendant que le Timide composait à ses frais le numéro de Monsieur Da Silva, Maître Potal se mit à feuilleter machinalement le catalogue qu'il avait entre les mains. Bien lui en prît car il s'aperçut très vite qu'il avait failli passer à côté de quelque chose.

C'est donc le vendredi 07 octobre à 14 heures 06, quand il vit les photos des modèles des cuisines et salles de bains que Maître Potal comprit que le chapelier de Geneviève de Fontenay et les concepteurs produits de chez Vogica devaient avoir à peu près la même définition des termes "bon goût" et "raffinement".

-         Monsieur Da Silva? Je suis le représentant que vous avez envoyé chez Maître Potal

-        

-         Justement, il voudrait vous parler, je vous le passe.

-         Bonjour Monsieur Da Silva? Comment allez-vous?

-         Très bien mais pourquoi voulez-vous me parler?

-         Mais pour vous remercier, Monsieur Da Silva. Vous vous souvenez de moi? On s'est parlé il y a trois semaines. Vous savez, le monsieur qui n'aime pas le démarchage par téléphone et qui dit oui à tout ce qu'on lui propose.

-         Quoi? C'est encore vous?

-         Mais oui! En même temps je vous avais dit que nous allions bientôt nous reparler. Bon, j'avoue que je ne pensais pas que ce serait aussi rapide.

-         Mais vous n'en n'avez pas marre? Vous ne croyez pas que ça ferait gagner du temps à tout le monde que vous répondiez que vous n'êtes pas intéressé quand on vous appelle?

-         Non, ce qui ferait gagner du temps à tout le monde c'est que votre société ne m'appelle plus mais ça… Enfin, tant que je suis le seul à réagir comme ça, c'est encore gérable, mais comme je propage ma bonne parole, qui sait? Peut-être qu'un jour tous les rendez-vous que vous aurez à gérer seront avec des gens comme moi, et ce jour là, peut-être que vous reverrez vos procédures de démarchage? Enfin… sinon, à part ça, bien le nouveau représentant que vous m'avez envoyé, hein? Je le préfère nettement à celui de la fois d'avant. Mieux habillé, plus poli. Non je crois que je vais prendre celui là… encore que… j'imagine que vous en avez d'autres en stock. Non tout compte fait je vais attendre qu'on me rappelle et qu'on m'en envoie un nouveau avant de me décider. Vous pensez que…

Mais Monsieur Da Silva ne pensait plus rien du tout, il venait tout bonnement de raccrocher au nez de Maître Potal.

Maître Potal n'eut plus alors qu'à rendre son portable au grand timide, non sans lui rappeler quand même que c'était Monsieur Da Silva qui lui avait rempli son carnet de visite et que Monsieur Da Silva aurait du percuter en recopiant le nom du Maître.

Le discours de Maître Potal porta-t-il ses fruits? Rien n'est moins sûr car le propre du timide est de n'en vouloir à personne ni à Monsieur Da Silva, ni à Maître Potal qu'il remercia chaleureusement d'avoir l'extrême gentillesse de l'autoriser à noter sur sa fiche de visite que le rendez-vous était abrégé par faute du client qui n'était pas intéressé et non par faute du vendeur qui ne s'était pas montré assez persuasif. Puis il reparti le sourire aux lèvres et l'air visiblement soulagé de n'avoir pas eu à subir physiquement la colère qu'entretient Maître Potal à l'égard de la société Vogica.

Mais toi tu sais, ami lecteur, que cette deuxième victime vogiquéenne ne risquait pas grand-chose, la lecture de cette chronique te l'as d'ailleurs définitivement prouvé : Maître Potal est un faible!

 


 

 Quand à la morale de cette histoire, elle est facile à deviner :

C'est paradoxalement d'une usine située à Châtenois dans les Vosges, qu'en matière de cuisine et salle de bains, le pire est né!

Par Potal - Publié dans : maitrepotal
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